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La filière porcine se met en ordre de bataille contre la PPA​​​​​​

Les professionnels de la filière porcine se préparent à faire face à la peste porcine africaine en France.

Face à la déclaration de cas de peste porcine africaine (PPA) dans les pays voisins, la France anticipe la menace. À l’ordre du jour, trois grandes actions : prévenir, surveiller et se préparer à gérer la crise.

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Ces dernières années, la peste porcine africaine (PPA), issue des pays de l’Est, s’est propagée dans plusieurs pays européens voisins de la France. L’Allemagne, touchée depuis 2020, a perdu 20 % de sa production entre 2019 et 2023 et son statut de leader européen de la production porcine au profit de l’Espagne, notamment à cause de la fermeture du marché chinois.

Plus récemment, des sangliers en Espagne ont été contaminés, « sans preuve évidente de l’origine de cette infection », précise Nicolas Rose, épidémiologiste à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Malgré les mesures de biosécurité et de surveillance mises en place dans les pays voisins et le statut indemne de la France, ces situations présentent une menace pour le pays.

Dans le cadre d’une conférence menée par l’Anses lors du Salon international de l’agriculture le 24 février 2026, les experts présentent leur plan d’action pour protéger l’élevage porcin français.

Prévenir

« Il s’agit d’une maladie pour laquelle on n’a pas de traitement et pas de vaccin, la prévention est essentielle », atteste Nicolas Rose. Depuis la détection de la PPA en 2018 en Belgique, le ministère de l’agriculture a imposé des mesures de biosécurité externes dans les élevages de porcs. Pour accompagner les éleveurs concernés, l’association nationale sanitaire porcine (ANSP), en partenariat avec d’autres instituts, a mis en place un outil d’audit permettant aux éleveurs de faire un état des lieux de la biosécurité de leur élevage et de se faire conseiller.

Aujourd’hui, 67 % des sites d’élevages de biosécurité ont eu au moins un audit ce qui représente 94 % de la production française. Cependant, il s’agit d’un dispositif réalisé sur la base du volontariat et est donc à la charge de l’éleveur ou des structures qui les accompagnent.

La prévention passe aussi par le contrôle des transports, le « premier vecteur de la transmission », selon Mylène Petit, responsable de l’ANSP. Ici aussi, l’association a participé à la mise en place d’un audit qui permet de contrôler le niveau de biosécurité des aires de lavage des camions de transports de porcs. Mis en place en 2022, il a permis de contrôler 50 % des aires de lavages en France.

Surveiller

La surveillance de l’introduction de la PPA sur le territoire repose sur un réseau comprenant trois laboratoires agréés et un laboratoire national de référence. Les trois laboratoires réalisent des tests PCR sur les animaux dont la mort semble suspecte, afin de détecter la présence du génome viral de la PPA ou de la peste porcine classique (PPC). « Les tests de ces deux maladies sont faits en parallèle car elles ont des niveaux lésionnels et des symptômes très proches, même si au niveau épidémiologique la pression est beaucoup plus forte sur la PPA que sur la PPC », précise Olivier Bourry, vétérinaire et virologue à l’unité de virologie et immunologies porcines à l’Anses de Ploufragan.

Le laboratoire national fournit le matériel de référence, évalue et agrée les kits de diagnostic, et réalise des tests de confirmation par séquençage, si besoin. Tous les laboratoires manipulent les prélèvements selon des conditions strictes et des méthodes accréditées, « ce qui donne une fiabilité dans les résultats de ces analyses », affirme le virologue. Le plan de surveillance s’applique aux élevages et à la faune sauvage, cette dernière reposant sur la collecte de sangliers morts par le réseau Sagir.

Se préparer à la gestion de la crise

« L’objectif est de réussir à sensibiliser et informer l’ensemble des professionnels de la filière de l’amont à l’aval aux règles de la gestion de la PPA » affirme Mylène Petit, afin de les convaincre de mettre en place les mesures nécessaires. En cas de crise, les filières en aval devront obtenir des autorisations permettant le maintien des activités d’abattage et de transformation d’animaux issus des zones réglementées. Un « gros travail » déjà en cours aujourd’hui.

Toutefois, l’absence de traitements d’atténuation reconnus en France pour certains produits issus d’animaux en provenance des zones réglementées constitue un frein majeur à leur commercialisation. Par ailleurs, la poursuite des exportations dépendra des accords de zonage conclut avec les pays tiers, comme ceux déjà établis avec la Chine, le Japon ou encore la Corée.

Olivier Debaere, directeur de projet chargé des épizooties à la Direction générale de l’Alimentation, insiste sur la nécessité d’aborder la PPA dans une logique One Health. « Pour la biosécurité, on est tous concernés ».

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